Réflexion Levin 2/3 : « Le levain d’Hérode » (Mt 16:6; Mc 8:15; Lc 12:1)

Extrait : Resumé, environ 100 mots

Jésus dénonce le levain d’Hérode : un pouvoir qui se pare de piété pour mieux servir l’orgueil, la peur et la domination. Contrairement aux pharisiens, Hérode instrumentalise Dieu comme alibi politique, vidant la foi de sa substance. Ce levain persiste : chrétiens de façade, dirigeants invoquant Dieu pour justifier l’injustice, liturgies sans conversion. Comme Hérode, certains mentent avec les mots de la foi, méprisent les prophètes ou réduisent Dieu à un outil de pouvoir. Face à ces tentations, Jésus propose le levain du Royaume : une grâce qui transforme sans corrompre. Choisirons-nous l’hypocrisie, la manipulation… ou la pâte nouvelle de l’Évangile ? « Si le grain ne meurt, il reste seul » (Jn 12,24).

Réflexion Levin 2/3 : « Le levain d’Hérode » (Mt 16:6; Mc 8:15; Lc 12:1)

Réflexion Levin 2/3 : « Le levain d’Hérode » (Mt 16:6; Mc 8:15; Lc 12:1)

1 938 mots, temps de lecture 10 minutes.

Réflexion sur les trois levains : Le levain d’Hérode

(En lien direct avec celui des pharisiens)

Jésus ne se contente pas de mettre en garde contre « le levain des pharisiens » – cette hypocrisie spirituelle qui étouffe la grâce sous le poids des traditions humaines. Il pointe aussi, avec une égale sévérité, « le levain d’Hérode » (Lc 13,1). Derrière ce nom se profile une autre forme de corruption, tout aussi insidieuse : celle d’un pouvoir qui se drape dans les apparences de la foi tout en vidant celle-ci de sa substance. Hérode incarne la figure du croyant de façade, héritier d’une lignée royale juive, mais dont le cœur est rongé par l’orgueil, la peur et la soif de domination. Contrairement aux pharisiens, dont la manipulation est avant tout spirituelle (ils transforment la Loi en un système de contrôle moral), Hérode, lui, instrumentalise la religion pour servir ses ambitions matérielles – pouvoir, richesse, prestige. Son levain est celui de l’idolâtrie du moi, où Dieu n’est plus qu’un accessoire de légitimation, un faire-valoir dans une stratégie de conquête.

Examinons, à la lumière des Écritures et de notre actualité, les symptômes de ce levain toxique, qui continue de fermenter dans nos sociétés et, hélas, parfois dans nos Églises.

1. L’athéisme pratique : quand Dieu devient un alibi

« Hérode célébrait publiquement les fêtes juives » (cf. la décapitation de Jean-Baptiste, Mc 6,14-29), mais son cœur était « loin de Dieu » (Is 29,13). Il consultait les prophéties sur la naissance du Messie (Mt 2,4-8), non par foi, mais par calcul politique : il voulait localiser cet enfant-roi pour l’éliminer. Son « culte » n’était qu’un théâtre, une mise en scène destinée à rassurer le peuple et à conforter son autorité.

Aujourd’hui, ce levain prend des formes subtiles :

  • Depuis des siècles il y a des chrétiens qui assistent à la messe par habitude, sans jamais laisser la Parole les interpeller. Leur foi se réduit à une « tradition culturelle », un héritage familial vidé de sa puissance transformante.
  • Ces dirigeants politiques ou économiques qui invoquent Dieu pour bénir leurs projets – « Dieu bénisse l’Amérique », « In God We Trust » – tout en promouvant des lois contraires à l’Évangile (avortement, exploitation des pauvres, guerres injustes). Comme Hérode, ils utilisent le sacré pour sacraliser leurs intérêts. De même, certains instrumentalisent les symboles républicains, comme la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » ou les fanfares officielles, pour donner une légitimité solennelle à des politiques qui, en réalité, creusent les inégalités, restreignent les libertés ou divisent la société. Que ce soit par la religion ou par le patriotisme, le détournement des valeurs au service du pouvoir reste une même stratégie de manipulation.
  • Ces communautés chrétiennes qui réduisent la liturgie à un spectacle esthétique, où l’on soigne les chants et les décors, mais où l’on oublie que l’Eucharistie est « source et sommet de la vie chrétienne » (LG 11). Le levain d’Hérode, c’est l’Église devenue club social, où l’on célèbre des rites sans conversion.

« Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Mt 15,8). La question n’est pas de savoir si nous croyons en Dieu, mais si nous croyons Dieu – si nous lui faisons assez confiance pour lui remettre nos vies, nos choix, nos priorités.

2. La tromperie : le double langage du pouvoir

« Hérode feint de chercher le Messie ‘pour lui rendre hommage’ » (Mt 2,8), alors qu’il projette de le tuer. Son discours est un poison : il ment avec les mots de la piété pour mieux servir ses desseins meurtriers. Il joue un double jeu entre Rome et Jérusalem, entre la loi impériale et la Loi de Moïse, se présentant tantôt comme un roi juif fidèle, tantôt comme un vassal zélé de César.

Ce levain persiste aujourd’hui sous des masques modernes :

  • Les discours ecclésiaux qui édulcorent l’Évangile pour « ne pas heurter » la culture dominante. On parle d’« amour » sans évoquer la sainteté, de « justice » sans rappeler la repentance, de « miséricorde » sans exiger la conversion. Comme Hérode, on utilise les mots de la foi pour plaire, non pour convertir.
  • Les leaders religieux qui flattent les puissants tout en méprisant les petits. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des cieux ! » (Mt 23,13). Aujourd’hui, ce sont ces pasteurs ou évêques qui courtisent les élites politiques ou médiatiques, tout en ignorant les pauvres, les migrants, les victimes d’injustice.
  • Les chrétiens qui justifient leurs compromissions par des sophismes : « Il faut bien s’adapter au monde », « On ne peut pas tout dire », « La vérité est relative ». Comme Hérode, ils mentent à Dieu, à eux-mêmes et aux autres.

« Que votre parole soit ‘oui, oui’ ou ‘non, non’ » (Mt 5,37). Le levain d’Hérode, c’est l’art de dire une chose et d’en faire une autre, de bénir d’une main et de maudire de l’autre.

3. La moquerie : le mépris des prophètes

« Hérode traite Jean-Baptiste avec mépris » (Lc 23,11). Pour lui, le prophète n’est qu’un fou, un gêneur dont les paroles menacent son pouvoir. Il se moque de sa radicalité, de son appel à la repentance, de son refus des compromis. Sa pensée pourrait s’exprimer ainsi : « Qu’est-ce que cette histoire de royaume de Dieu ? » « Moi, je règne ici, et personne ne me dictera ma conduite. » semble-t-il dire.

Ce levain peut se manifester aujourd’hui entre autre par :

  • Le sourire condescendant de ceux qui qualifient de « naïfs » ou « extrémistes » les chrétiens engagés. « Tu crois encore à ces vieilles histoires ? », « La religion, c’est bon pour les faibles ». Comme Hérode, ils méprisent ceux qui osent vivre une foi exigeante.
  • La dérision des médias envers les témoins de l’Évangile. Les jeunes qui choisissent la chasteté sont traités de « coincés », les familles nombreuses de « irresponsables », les prêtres qui prêchent la vérité de « rétrogrades ». « Ridicule ! » lance le monde, comme Hérode face à Jean-Baptiste.
  • L’autocensure des croyants qui, par peur du qu’en-dira-t-on, taisent leur foi. « On ne va pas parler de ça, c’est trop clivant ». Comme si l’Évangile devait s’excuser d’exister.

« Heureux serez-vous lorsqu’on vous outragera et qu’on vous persécutera à cause de moi » (Mt 5,11). Le levain d’Hérode, c’est l’orgueil qui refuse de s’incliner devant la vérité, qui préfère rire des saints plutôt que de se remettre en question.

4. La manipulation : Dieu réduit à un outil de pouvoir

« Hérode instrumentalise la religion » : il fait emprisonner Jean-Baptiste sous prétexte d’ordre public (Mc 6,17-20), puis le fait exécuter pour satisfaire sa femme et ses convives (Mc 6:27-28, divorcée de Hérode-Philippe, Hérodiade devient sa femme “illégitime” selon la loi juif). Pour lui, Dieu n’est qu’un « outil » dans son système de contrôle – un moyen de légitimer son pouvoir, de justifier ses crimes, de museler ses opposants.

Ce levain corrompt encore nos institutions :

  • « Un berger avait reçu la garde d’un troupeau précieux. Mais au lieu de conduire ses brebis vers des pâturages de paix, il se mit à brandir son bâton pour les effrayer, leur rappelant sans cesse les loups tapis dans l’ombre. Les plus fragiles finirent par se taire, de peur d’être jugés, tandis que les plus hardis, las des menaces, s’éloignèrent en silence. Pourtant, le vrai pasteur n’est-il pas celui qui marche devant, non pour contraindre, mais pour montrer le chemin ? » De même, il arrive que ceux qui portent la parole de lumière oublient qu’elle est faite pour éclairer, non pour aveugler. Quand l’autorité devient un poids plutôt qu’un soutien, quand la loi étouffe la grâce, quand la peur remplace l’amour, ne sommes-nous pas tous, un peu, ces brebis égarées en quête d’un abri ? Le Maître lui-même nous a prévenus : « Les chefs des nations les tyrannisent… Qu’il n’en soit pas ainsi parmi vous » (Mt 20,25-26). Car le service n’est pas un trône, mais une main tendue.
  • Les idéologies qui se parent de religiosité pour mieux asservir : « Un marchand de pourpre, riche et respecté, parcourait les places publiques en proclamant : ‘Venez à moi, je vous vêtirai de lumière !’ Mais ceux qui achetaient ses étoffes découvraient bientôt qu’elles étaient tissées de fils si serrés qu’elles étouffaient leurs mouvements. Pire encore : sous les couleurs chatoyantes se cachaient des épines. Pourtant, le marchand continuait de sourire, répétant : ‘C’est pour votre bien.’ »
    Aujourd’hui encore, certains empruntent les mots les plus sacrés – amour, justice, liberté – pour en faire des étendards. Mais quand ces mots servent à justifier ce qui divise, ce qui aliène ou ce qui nie la dignité de l’homme, ne ressemblent-ils pas à ces étoffes trompeuses ? Le Christ nous met en garde : « Malheur à vous qui fermez aux hommes le Royaume des cieux ! » (Mt 23,13). Car la vérité ne s’impose pas par la force des slogans, mais par la douceur des actes.
  • Les fidèles qui « marchandent » avec Dieu : « Un homme entra dans le Temple, les bras chargés d’offrandes. ‘Voici, Seigneur, tout ce que je te donne !’ dit-il fièrement. Mais dans son cœur, il murmura : ‘À présent, laisse-moi vivre comme je l’entends.’ Or, le Très-Haut, qui sonde les reins et les cœurs, lui répondit par une question : ‘Si ton ami te tendait un pain en exigeant que tu lui rendes son couteau, l’accepterais-tu ?’ »
    Combien d’entre nous agissons ainsi ? Nous déposons nos dons, nos prières, nos rites… comme une monnaie d’échange. « Je vais à la messe, donc tu me dois la paix. Je donne ma dîme, donc tu dois fermer les yeux sur mes rancœurs. » Mais Dieu n’est pas un comptable. Il est un Père qui attend, non des transactions, mais un cœur ouvert. « Si vous offrez votre don à l’autel et que là vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande… et va d’abord te réconcilier » (Mt 5,23-24). Car la grâce n’est pas un contrat – c’est une rencontre.

« Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » (Mt 6,24). Le levain d’Hérode, c’est l’idolâtrie du contrôle, où Dieu devient un accessoire de notre volonté de puissance.

Le lien entre le levain des pharisiens et celui d’Hérode

« L’homme naturel n’accepte pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu, car c’est une folie pour lui ; il est même incapable de le comprendre » (1 Co 2,14).

Pharisiens et Hérode incarnent deux faces d’une même maladie : l’incapacité à voir Dieu comme la source de toute vie. Pour les uns, Dieu est un juge à impressionner par des œuvres (légalisme) ; pour l’autre, Dieu est un obstacle à contourner ou un outil à instrumentaliser (utilitarisme). Dans les deux cas, la grâce est neutralisée :

  • Les pharisiens la transforment en système (la Loi devient une prison).
  • Hérode la transforme en accessoire (Dieu devient un faire-valoir).

« Ils ont rejeté l’Éternel et ne se souvenaient plus de Sa puissance » (Ps 78,9). Comme Éphraïm dans le cantique d’Asaph, ils voient les miracles… mais ne se convertissent pas. La grâce traverse leurs yeux sans toucher leur cœur.

Conclusion : choisir son levain

Jésus nous met en garde : « Attention au levain des pharisiens et à celui d’Hérode ! » (Mc 8,15). Ces deux levains sont toujours à l’œuvre :

  • Celui des pharisiens, qui étouffe la grâce sous le poids des traditions humaines.
  • Celui d’Hérode, qui vide la foi de sa substance pour en faire un instrument de pouvoir.

Face à ces tentations, l’Évangile nous propose un troisième levain : celui du Royaume, « semblable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout ait levé » (Mt 13,33). Ce levain-là ne corrompt pas : il transforme. Il ne domine pas : il libère. Il ne ment pas : il révèle.

À nous de choisir :

  • Vivrons-nous comme des pharisiens, enfermés dans nos certitudes ?
  • Comme Hérode, jouant double jeu entre le monde et Dieu ?
  • Ou comme des disciples, laissant le Christ nous pétrir de son Esprit, pour devenir « une pâte nouvelle » (1 Co 5,7) ?

« Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Que ce soit notre prière : mourir à nos levains pour renaître au levain du Royaume.

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