Résumé d’un dialogue poignant de Marie Robert avec Fabrice Midal pour réveiller notre humanité en péril, à propos de son livre : « Empêcher que le monde ne se défasse«

Sommaire
Toggle1. Le cri du cœur d’une époque en miettes
Nous vivons une époque où les fissures du monde deviennent des abîmes. Les liens se distendent, les mots s’érodent, et une violence sourde s’infiltre dans nos vies comme une brume toxique. Ce n’est pas une métaphore : c’est une réalité tangible, presque étouffante. La fragilisation de notre humanité n’est plus un concept abstrait, mais une expérience quotidienne. Comment ne pas se sentir écrasé par cette sensation d’impuissance ? Comment garder espoir quand tout semble se désagréger sous nos yeux ?
Fabrice Midal, dans son livre Empêcher que le monde ne se défasse, ne nous propose pas de solutions miracles. Il nous tend une main, une voix, une présence. Son ouvrage est bien plus qu’un essai : c’est un cri du cœur, une boussole pour naviguer dans un monde qui nous échappe. Quand j’ai ouvert ce livre, j’ai été saisie par sa douceur paradoxale – une douceur qui ne nie pas la douleur, mais qui la transforme en quelque chose de vivant, de résistant. Et aujourd’hui, j’ai eu la chance de m’entretenir avec lui. Pas comme une journaliste face à un philosophe, mais comme une humaine face à un autre humain, dont les mots ont le pouvoir de nous réveiller.
2. “Le monde se défait” : et si c’était notre propre humanité qui s’effritait ?
“Le monde se défait.” Cette phrase, empruntée à Camus, résonne comme un avertissement. Mais que signifie-t-elle vraiment ? Pour Fabrice Midal, ce n’est pas une simple observation pessimiste. C’est une réalité concrète : les informations nous aveuglent au lieu de nous éclairer, les liens sociaux se rompent comme des fils trop tendus, et la violence s’infiltre partout, même dans nos silences. “Ce n’est pas une métaphore, c’est une expérience physique”, me confie-t-il. Et cette expérience, nous la vivons tous.
Prenez un exemple simple : une amie lui a un jour demandé, désemparée, s’il fallait écouter les informations le matin, au risque de gâcher sa journée, ou les ignorer, au risque de se couper du monde. Cette question, banale en apparence, est en réalité un symptôme de notre époque. Elle révèle notre fragilisation de notre humanité – cette impression d’être pris au piège entre la peur et l’indifférence. Fabrice Midal ne nous donne pas de réponse toute faite. Il nous invite à regarder en face cette réalité : le monde se défait, et nous avec lui. Mais cette prise de conscience, aussi douloureuse soit-elle, est le premier pas vers la résistance.
3. Résister, oui – mais pas comme avant
Le mot “résistance” est piégé. Il évoque des images de barricades, de héros sacrifiés, de luttes idéologiques. Mais Fabrice Midal nous propose une autre voie : une résistance pour la vie, et non contre quelque chose. “Quand on lutte contre, on reste prisonnier de ce contre quoi on lutte”, explique-t-il. La résistance ne doit plus être une guerre, mais une affirmation. Une affirmation de notre humanité, de notre dignité, de notre capacité à aimer.
Cette idée est révolutionnaire. Elle nous libère du vieux logiciel de la résistance, celui qui nous pousse à croire que seuls les héros peuvent changer le monde. “La résistance, aujourd’hui, doit être humaine. Elle doit être à notre échelle”, insiste-t-il. Un sourire à un inconnu, une attention portée à un élève, un moment de présence avec un proche – ces gestes, en apparence minuscules, sont en réalité des actes de résistance. Parce qu’ils préservent ce qui fait de nous des êtres humains : notre capacité à nous relier, à ressentir, à agir.
4. Les outils de la résistance : des gestes qui sauvent
Dans son livre, Fabrice Midal propose 19 leçons pour résister. Parmi elles, une phrase m’a frappée : “Ne vous ramollissez pas sur votre canapé.” À première vue, ce conseil semble anodin. Pourtant, il est profondément politique. “Se ramollir sur son canapé, ce n’est pas qu’une question de confort. C’est un projet politique”, affirme-t-il. Quand nous nous avachissons, nous perdons notre capacité à penser, à ressentir, à agir. Et c’est exactement ce que veut le système : des individus passifs, anesthésiés, faciles à manipuler.
Alors, comment résister ? En bougeant. En jardinant. En cuisinant. En marchant. Ces activités, en apparence banales, sont en réalité des actes de rébellion. “Quand je jardine, je me reconnecte à la terre, au temps, à la patience. Quand je cuisine, je prends soin de mon corps et de ceux que j’aime”, explique-t-il. Ces gestes nous rappellent que nous ne sommes pas des machines. Que nous avons besoin de lenteur, de présence, de vie. Et c’est ça, la vraie résistance : **retrouver notre humanité dans un monde qui cherche à nous la voler.
5. La colère, le langage, le rire : des armes insoupçonnées
Parmi les outils de résistance proposés par Fabrice Midal, il y en a un qui surprend : la colère. Dans une époque qui valorise la positivité à tout prix, la colère est souvent perçue comme une émotion négative, à étouffer. Pourtant, Midal nous rappelle qu’il existe une “juste colère”, une colère qui n’est pas destructrice, mais créatrice. “La colère est le signe que quelque chose ne va pas. Qu’une injustice nous révolte, nous blesse”, explique-t-il. Et cette colère, quand elle est juste, peut devenir une force. Une force qui nous pousse à agir, à dire “non”, à résister.
Mais la résistance passe aussi par les mots. “Notre langage est empoisonné”, affirme-t-il. Les acronymes, les formules toutes faites, les euphémismes nous empêchent de voir la réalité en face. “Quand on dit ‘SDF’ au lieu de ‘sans-abri’, on efface l’être humain derrière le mot”, souligne-t-il. Reprendre soin de nos mots, c’est donc un acte de résistance. C’est refuser de se laisser anesthésier par un langage qui déshumanise.
Et puis, il y a le rire. “Le rire est une arme absolue”, déclare-t-il avec un sourire. Parce que le rire désacralise, dégonfle les petits dictateurs, nous rappelle que nous sommes vivants. “Quand on rit, on n’est plus une victime. On est vivant.” Et c’est ça, la vraie résistance.
6. Résister, c’est s’accomplir
La résistance n’est pas un sacrifice. C’est une quête d’accomplissement. “Quand je résiste, je ne me sacrifie pas. Je m’accomplis”, affirme Fabrice Midal. Cette idée est libératrice. Elle nous rappelle que la résistance n’est pas une question de devoir, mais de désir. Un désir de vivre pleinement, de retrouver notre dignité, notre liberté, notre humanité.
Et c’est là que réside la beauté de cette lutte : elle n’est pas réservée aux héros. Elle est accessible à chacun d’entre nous. “La résistance, ce n’est pas quelque chose que l’on fait. C’est quelque chose que l’on est”, conclut-il. Un sourire, un mot gentil, un moment de présence – ces gestes, en apparence simples, sont en réalité des actes de résistance. Parce qu’ils préservent ce qui fait de nous des êtres humains : notre capacité à aimer, à espérer, à agir.
7. Et si la résistance était une histoire d’amour ?
Pour clore notre échange, Fabrice Midal lit un poème de René Char, qui conclut son livre. Ces vers, d’une beauté poignante, résument à eux seuls l’essence de sa pensée :
“Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés au but lointain.”
Ce poème est une invitation. Une invitation à préférer la vie, même imparfaite, à l’illusion d’un monde parfait. Une invitation à résister, non pas par devoir, mais par amour. “La résistance, ce n’est pas une question de force. C’est une question d’amour”, murmure-t-il.
Alors, chers amis, si ces mots ont résonné en vous, sachez une chose : vous n’êtes pas seuls. Autour de ce livre, autour de ces idées, se crée une communauté. Une communauté de femmes et d’hommes qui refusent de baisser les bras. Qui choisissent, chaque jour, de résister – à leur échelle, avec leurs moyens, mais avec la même conviction : que le monde peut être réparé.
Alors, partagez ces mots. Partagez ce livre. Partagez cette espérance. Parce que la résistance, ce n’est pas une question de force.
C’est une question d’amour.
Pour voir et écouter le podcast en entier (1h10), cliquez-ici
La chaine Youtube de Fabrice Midal
Le site Internet de Fabrice Midal
Son livre :
Empêcher que le monde ne se défasse : 19 leçons pour apprendre à résister


